Demandez à un enfant où il doit traverser la rue, il vous répondra sans hésiter qu’il emprunte toujours le passage piétons, car "on y est en sécurité", dira-t-il. Et pourtant, cette certitude ne résiste pas à la réalité des chiffres: 20% des tués dans le trafic routier sont des piétons, une proportion qui place la Suisse parmi les pays les plus dangereux d’Europe. On peine à croire qu’un Etat aussi avancé et réglementé que le nôtre se languisse dans les derniers de classe du continent. Faut-il incriminer les conducteurs distraits, les contrôles policiers insuffisants, les piétons natel à l’oreille? Bien sûr, il y a de tout cela. Les 60 mesures du programme fédéral de sécurité routière Via sicura constituent une réponse à ces manquements, de même que les campagnes de prévention régulières dans les médias. Mais il convient également d’aborder la question des normes techniques. Car un corpus de prescriptions imposant, touffu et compliqué régit l’aménagement des passages piétons. Si l’intention est louable – garantir la sécurité –, la surabondance et la complexité de ces normes rendent leur application très difficile. Un véritable dédale d’articles au contenu hyperspécialisé. Les interpréter et les mettre en pratique relève de la gageure, en particulier pour les petites agglomérations aux moyens financiers limités, et ne pouvant s’offrir les services d’un ingénieur multidiplômé. Résultat: à défaut d’une réglementation claire et pragmatique, chacun y va de sa variante personnelle, et l’on se retrouve avec des passages piétons mal placés, mal éclairés ou trop longs. Il est donc urgent de doter les planificateurs d’un ensemble de normes allégé, fiable, allant à l’essentiel… et à peu près compréhensible au commun des mortels.